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  • virginie benedicto

Plaisir ou bonheur ?


Dopamine/sérotonine, le plaisir est ennemi du bonheur

Par biosphere

L’écologie s’intéresse aux rapports complexes entre nature et culture, donc aux liens entre dopamine et plaisir, sérotonine et bonheur, finalement au choix entre bonheur et plaisir*. Le plaisir est de courte durée, le bonheur de longue durée ; le plaisir est viscéral, le bonheur est spirituel ; le plaisir s’obtient en prenant, le bonheur a plutôt à voir avec donner ; le plaisir peut s’obtenir seul, le bonheur est généralement ­atteint au sein d’un groupe social ; le plaisir peut s’obtenir grâce à des substances, mais ce n’est pas le cas du bonheur. Le plaisir extrême peut conduire à l’addiction, mais il n’y a rien qui ressemble à une addiction au bonheur. Enfin, la septième et dernière différence est que plaisir et bonheur dépendent de deux neurotransmetteurs distincts : dopamine pour le plaisir, sérotonine pour le bonheur.

Le plaisir. Dans un livre* récent un pédiatre américain explique que le bonheur n’est pas la conséquence naturelle de l’accumulation du plaisir, mais au contraire la recherche effrénée de celui-ci pourrait inhiber le sentiment de plénitude et de contentement. La dopamine est un neurotransmetteur exclusivement « excitateur ». Bien sûr les neurones sont faits pour être excités, mais ils n’aiment pas être brutalisés. Lorsqu’un neurone est chroniquement sur-stimulé, il a tendance à mourir. Sous les assauts constants de la dopamine, il peut « éteindre » certains de ses récepteurs pour atténuer son excitation et éviter la mort. Du coup, pour produire le même effet, il faut une quantité supérieure de neurotransmetteurs. Dans le cas particulier de la dopamine cela signifie qu’il faut toujours plus de ce qui procure du plaisir pour obtenir la même satisfaction. C’est ainsi que le plaisir intense et chronique conduit à l’addiction. Comme l’écrivait Michel Sourrouille, « L’alcool en soi n’apporte rien à l’organisme. Il n’est pas digéré, il passe directement du tube digestif aux vaisseaux sanguins. En quelques minutes, le sang le transporte dans toutes les parties de l’organisme avec pour seul avantage de détendre et désinhiber. Ce qui veut dire que l’alcool empêche notre autonomie véritable. Tous les produits qui induisent une addiction chez l’humain – et l’alcool est à égalité avec la cocaïne, les opiacés et la nicotine – augmentent l’activité des neurones dans une partie du cerveau, le cortex préfrontal, par l’intermédiaire d’une libération de dopamine qui provoque le sentiment de plaisir. Le diagnostic de dépendance repose alors sur la recherche compulsive du produit, contre la raison et contre la volonté : il y a impossibilité de s’arrêter de consommer. »*** Il faut mettre sur un même plan tout ce qui procure du plaisir, l’alcool, le shopping, le sucre ou les réseaux sociaux. Le cerveau interprète ces activités comme une « récompense ». Or la clé du « circuit de la récompense », c’est la dopamine. C’est ce mécanisme de la récompense qui a été « piraté » [hacking en anglais] par les industriels, pour induire toujours plus de consommation… le tout en organisant, grâce au marketing, la confusion entre plaisir et bonheur.

Le bonheur. Le neurotransmetteur impliqué dans le sentiment de plénitude et de contentement, la sérotonine, a un fonctionnement beaucoup plus complexe que la dopamine. Lorsque vous avez une interaction sociale avec quelqu’un, l’échange de regards avec cette personne active vos neurones dits « miroirs » – les neurones de l’empathie. Ce type d’interaction induit la synthèse de sérotonine. Mais si cette interaction se fait par le biais d’un réseau social comme Facebook, à travers les « likes » par exemple, elle active le circuit de la récompense, l’absence de contact visuel laisse les neurones miroirs de marbre… D’où, là encore, une baisse potentielle des niveaux de sérotonine et une moindre capacité au contentement. Quand on est heureux, on n’a pas besoin de stimulation, on se contente de ce qu’on a, de ce qu’on est, de quelques phrases échangées avec le voisin, du travail dans son potager, de l’amour avec son conjoint. Lisez le Manifeste pour le bonheur.

* LE MONDE du 31 janvier 2018, Réseaux sociaux, sucre… les Occidentaux accros à la dopamine

** The Hacking of the American Mind de Robert Lustig (Penguin, 2017, non traduit)

*** On ne naît pas écolo, on le devient aux éditions Sang de la Terre, 2017

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